Lundi 4 août 2008
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Le Xinjiang, vaste région
montagneuse et désertique, compte plus de 8 millions d'Ouïghours, des musulmans turcophones d'Asie centrale, dont certains sont accusés par Pékin de mener des actions indépendantistes violentes.
Située dans le nord-ouest de la Chine, sur l'ancienne route de la Soie, cette région couvre un sixième du territoire du pays avec une superficie de 1,66 million de km2. Cette province compte près
de 20 millions d'habitants, appartenant à 47 ethnies, dont la principale, les Ouïghours.
Frontalière notamment avec l'Afghanistan et les ex-républiques musulmanes de l'URSS - le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirzhistan, c'est la plus occidentale des provinces chinoises, à plus de
3.000 km au nord-ouest de Pékin. Une des plus pauvres de Chine, aussi. Elle constitue cependant avec le bassin du Tarim la principale réserve d'hydrocarbures du pays. Depuis les années 1990, la
politique de développement de Pékin s'accompagne, comme au Tibet, de l'envoi de nombreux Chinois d'ethnie Han afin de "diluer" l'influence des Ouïghours.
Rattachée à l'empire chinois en 1884, le Xinjiang faisait partie du Turkestan avant son partage entre la Russie et la Chine au XVIIIe siècle. Devenue un champ clos de la rivalité sino-soviétique,
elle était connue initialement sous le nom de Turkestan chinois avant que Pékin ne lui donne le nom de Xinjiang ("nouvelle frontière"). Le Xinjiang s'est manifesté par des velléités
d'indépendance à l'égard de Pékin avant même la création de la République populaire de Chine en 1949. Une partie de la province a connu une période d'autonomie, sous le nom de Turkestan oriental,
mais de manière très brève, entre 1930 et 1949.
Interrogé par lepoint.fr, Didier Chaudet, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), décrit les effets-boomerangs de la répression, par Pékin, des minorités ethniques
en Chine.
lepoint.fr : Que vous inspirent les attentats meurtriers contre un poste de
douanes, lundi matin dans la région musulmane du Xinjiang (nord-ouest de la Chine) ?
Didier Chaudet : Loin d'être le fruit du hasard, ces attentats montrent que des
groupes islamistes, notamment le Parti islamiste du Turkestan oriental, inscrit sur la liste des organisations terroristes américaines depuis 2002, semblent avoir la possibilité de recruter de
jeunes nationalistes confrontés à la répression chinoise. C'est un nationalisme qui passe par l'islam pour s'exprimer. Les Hans [l'ethnie majoritaire en Chine, NDLR] musulmans qui habitent dans
la région, les Huis, ne sont d'ailleurs pas du tout touchés par cette campagne de recrutement. Cela montre le caractère plus nationaliste qu'islamiste de la contestation en général.
lepoint.fr : Les Jeux olympiques de Pékin sont-ils menacés par ces groupes islamistes ?
D. C. : Ils peuvent effectivement essayer de s'en prendre à la capitale.
Récemment, il y a eu des attentats-suicides dans les bus en dehors du Xinjiang, dont on ne connaît toujours pas l'origine exacte. Mais la sécurité va être renforcée. Les autorités chinoises
savent que si une bombe explose à Pékin, tout leur travail d'autorité et de respectabilité sera sapé. Surtout si l'attentat est perpétré par un groupe terroriste totalement inconnu du reste du
monde, au point que la majorité des médias a longtemps considéré cette menace comme inexistante... Les autorités chinoises vont tout faire pour éviter une attaque, ce qui peut impliquer une
recrudescence de la répression au Xinjiang et provoquer ainsi une montée des tensions dans cette région.
lepoint.fr : Si le danger existe, ce n'est donc pas seulement un prétexte du régime chinois pour justifier une répression dans certaines régions ?
D. C. : Pas seulement. Le problème du Xinjiang n'est pas nouveau. Il y a eu une montée en puissance des tensions dans les années 1990 jusqu'en 1998 où les choses se sont calmées après une
grande répression chinoise. La population ouïgour a été malmenée par cette répression extrêmement large et violente appelée politique du "frapper fort" en 1995-1996. Celle-ci visait à tuer dans
l'oeuf tout politique séparatiste. Mais elle ne s'appliquait pas à une population spécialement touchée par le djihadisme : il faut savoir que les Ouïghours pratiquent un islam très modéré. On se
souvient d'une manifestation de soutien à un imam en 1995 arrêté pour avoir fait un sermon du vendredi en faveur des droits de la femme dans sa mosquée. Les Chinois estimaient que ceux-ci ne
pouvaient être abordés que par le Parti communiste...
Mais aujourd'hui, il y a un danger, djihadiste cette fois, qui se précise de plus en plus. On trouve de petits groupes islamistes d'Ouïghours qui ont été au contact de la résistance afghane
contre les Soviétiques dans les années 1980 et des talibans quand d'autres qui se sont alliés au mouvement islamique d'Ouzbékistan, un groupe très important qui a fait trembler les régimes d'Asie
centrale. Si le nombre de groupes islamistes radicaux qui utilisent le terrorisme reste limité, ils existent malgré tout. Un certain nombre ont pu s'échapper avec les talibans dans les provinces
tribales pakistanaises, et on ne sait pas combien ont pu repasser du côté du Xinjiang. Les événements récents nous amènent à penser qu'ils sont présents et actifs.
lepoint.fr : La fracture au Xinjiang est-elle une une séparation que l'on peut qualifier d'ethnique ?
D. C. : Il y a effectivement une coupure ethnique claire entre les Hans et les
Ouïghours. Mais il ne faut pas être manichéen : les Hans qui habitent dans la région depuis longtemps ont des aussi problèmes avec les Hans nouvellement installés, arrivés avec la répression dans
les années 1990 que les Ouïghours eux-mêmes. La coupure n'est donc pas à 100 % ethnique même s'il y a d'un côté les Ouïghours et de l'autre côté les Chinois. Elle est aussi linguistique. Le
régime de Pékin essaie de calmer les choses, principalement par le biais de l'économie mais il faudrait une reconnaissance en termes culturels et politiques pour que les tensions puissent avoir
une chance de retomber.
lepoint.fr : La situation très médiatisée au Tibet ne masque-t-elle pas les problèmes de la région du Xinjiang ?
D. C. : Effectivement, il y a un côté superficiel dans la critique de l'actualité tibétaine, très liée à l'image du dalaï-lama et du bouddhisme. Or, il y un problème plus global en Chine :
celui des minorités. Si les tensions montent dans toutes ces provinces plus ou moins autonomes, il y aura un affaiblissement de la Chine à terme, et les occidentaux ont beaucoup plus à craindre
d'une Chine affaiblie que d'une Chine forte et intégrée dans le concert des nations. Il n'y a pas que la Chine qui risque d'être touchée : le sud de la Russie et l'Asie centrale le seraient
également.
Publié le 04/08/2008 Le Point.fr link
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