"Mascarade", " tricherie", "mensonge", " fausse démocratie"... l’UMP a rivalisé d'expressions pour montrer que "la votation citoyenne" sur le statut de la Poste était biaisée.
L'UMP a dénoncé, lundi 5 octobre, la "pantalonnade orchestrée par une minorité rassemblant certains syndicats et associations de gauche", en référence au succès de la "votation
citoyenne"sur le changement de statut de La Poste.
Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre a ironisé sur la "votation" en affirmant que certains avaient voté "22 ou 23 fois" et que "Louis de Funes et
Marlon Brando" ont participé au scrutin.
Pour le sénateur du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, la "votation" envoie en revanche un message important.
"Ben oui, on sait que ce n'est pas un vote, c'est pour ça qu'on l'appelle une votation" a-t-il dit sur RTL.
Par cette "mobilisation civique", la société française "s'envoie à elle-même un signal, c'est très important aujourd'hui où règne une idéologie dominante", a-t-il estimé et il ajoute "Quand la
réforme constitutionnelle s'appliquera nous serons prêts à demander un référendum sur ce service public".
Le scrutin, sans valeur juridique, a mobilisé plus de deux millions de personnes et ressemble plus à une vaste pétition qui sonne comme une ré-pétition pour un futur Référendum
d’Initiative Populaire. La réflexion dépasse ainsi largement la problématique de l’entreprise Poste.
Voila pour la forme mais le fond … ?
Ce 8 octobre, par la voix de son Directeur général, La Poste fait connaître sa stratégie jusqu’à 2015 et le constat de départ est terrible : d’ici là c’est 20% de son CA courrier qui disparaîtra « de facto « parce que l’Internet accélère la dématérialisation des envois et donc le nombre des opérations aux guichets baissera de 40% entraînant une chute spectaculaire des emplois afférents !!
Il y a évidemment toujours 2 solutions : laisser faire et couler avec le navire ou investir massivement dans une Poste modernisée, adaptée aux situations actuelles de marché. C’est, bien sur, la seconde solution que préconise le DG de La Poste, il invoque donc le fameux changement de statut de l’entreprise qui permettra l’injection de quelques 2,7 milliards d’Euros.
Mais, vous l’avez compris, l’application du discours sera biaisée selon les organisateurs de la votation. On va moderniser les villes mais oublier les campagnes, on va aller sur les secteurs porteurs qui vont générer des bénéfices mais se passer du service public tel qu’on le connaît encore aujourd’hui.
L'opposition et les syndicats ont réussi à rouvrir un débat resté jusque-là assez confidentiel. Il promet d'être lourd en charges symboliques : comment pourrait-il en être autrement, pour une entreprise réputée être celle de tous les Français ?
Dès lors, il n'est pas étonnant de voir les uns et les autres se laisser aller à une certaine hypocrisie pour défendre leurs positions respectives.
Quant aux collectivités locales, elles peuvent légitimement avoir des inquiétudes sur le financement de la mission d'aménagement du territoire (le maintien d'un réseau postal dense), dont le montage reste pour le moment très précaire, même si le fonds de péréquation est aujourd’hui maintenu.
La Poste a donc une urgence, trouver des relais de croissance, dans l'express, le colis et les services bancaires, alors que son activité principale va subir une sévère atrophie. Le passage en société anonyme est une possibilité d'attirer d'autres investisseurs que la puissance publique. Les tumultes passés et présents traversés par son ancienne administration sœur, France Télécom, prouvent toutefois qu'une mutation aussi profonde n'est pas sans risque.
Les organisateurs de la votation du 3 octobre promettent de recommencer si nécessaire, et en tout état de cause, le projet de loi postale sera examiné au sénat en novembre et à l’Assemblée en décembre. L’affaire ne fait que commencer …
Un adhérent Modem 66